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Entretien avec l'artiste KILAMA

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KILAMA, chantre de l’authenticité qui s’est révélé au public il y’a quelques années avec ‘’l’indémodable’’ U BI KE  est enfin de retour. Ces nombreux fans pour qui son silence n’avait que trop duré auront de quoi se réjouir avec APOTHEOSE, titre de sa dernière livraison qui confirme tout le bien inspiré par ses précédentes productions. Une œuvre aboutie, marquée par un message de sagesse porté par  des sons inédits et des rythmes enivrants de la forêt. Une réalisation qui puise dans les tréfonds de notre culture du terroir, sans se départir des ingrédients modernes. A l’arrivée, les amoureux de la bonne musique ont droit à un chef d’œuvre qui transgresse les générations. Litenlibasa.com est allé à la rencontre de l’auteur qui à répondu à nos questions sans détour. Jugez plutôt...

La sortie de l’Album APOTHEOSE est une sacrée surprise pour les mélomanes qui n’y croyaient plus, tant votre silence a été long. Certains ont même spéculé sur votre retrait de la scène musicale. Qu’est ce qui explique cette longue absence ?

Je voudrais avant tout me réjouir de ce que vous venez de  dire et qui laisse à penser que j’ai manqué à beaucoup de personnes. Et s’il est vrai que seul ce que nous aimons peut nous manquer, j’en déduis que le modeste travail que j’ai produit dans mes précédents albums séduit une bonne partie du public que  je remercie et salut ici, à commencer par litenlibassa. Cela dit, je crois qu’il faut relativiser l’absence que vous évoquez. A regarder de près, vous constaterez que celle-ci est surtout sur le plan médiatique, au niveau local africain en général et camerounais en particulier car mes deux précédents  album ont souffert d’un manque total de promotion dans cet espace. Ils sont donc passés inaperçus ou presque pour le grand public.

Pour me résumer, je dirai que le sentiment d’absence est né du fait que je n’ai pas été longtemps présent  ou très peu, dans les médias camerounais et africain, mais j’ai toujours travaillé. Et en aucun cas, je ne me suis retiré de ce que j’aime faire le plus, c'est-à-dire la musique.

Mais pourquoi cette diète médiatique ?

Elle est de deux ordres, à mon sens. D’abord parce que pour une partie de votre profession, un  artiste musicien ne semble exister que quand il sort un disque. Toute la carrière qu’il peut mener entre deux, aussi intéressante soit elle, n’est presque pas suivie. Ensuite parce que faire la promotion dans les médias, au Cameroun comme ailleurs, nécessite de connaître certains  codes bien précis. Je dois avouer qu’il m’a fallu du temps pour apprendre ceux qui régissent l’environnement  médiatique au Cameroun.  Entre temps, mon deuxième album réalisé avec d’autres artistes  dans un projet expérimental et un troisième en solo n’ont bénéficié d’aucune promotion au Cameroun. Je suis tout simplement passé à côté de la plaque sur ce plan là. Je voudrais croire  que APOTHEOSE  ne souffrira pas de la même insuffisance, c’est pourquoi je vais me rendre pour la première fois disponible pendant près de trois mois où je serais au Cameroun pour la promotion de cet album. Je voudrais simplement croire que tous ceux  qui sont soucieux du rayonnement de notre musique, à commencer par votre profession, apporteront chacun sa pierre à l’édifice de la promotion de ce produit.

Il reste quatre albums de 1988 à 2011, avouons que ça ne fait pas beaucoup

Je pourrai sortir un album tous les six mois au vu du répertoire dont je dispose. Mais à cette  logique du nombre, je préfère opposer la qualité du travail qui ne fait pas bon ménage avec la précipitation. Il faut aussi souligner que je suis un artiste et pas un homme d’affaire. Mon travail est de créer et c’est à ces derniers qu’il revient normalement la charge de produire, donc d’investir pour le bien de notre culture. Faute de jouer leur rôle, les artistes sont réduits  à s’auto - produire, ce qui peut avoir pour conséquence qu’ils ne sortent pas autant de produits comme cela se devrait. Ce dernier album ne serait pas là si je n’avais pas décidé d’y investir moi-même et vu ce que cela coûte, quand on ne veut pas servir n’importe quoi au public, je ne peux me permettre de le faire tous les ans ou tous les six mois. A cela, il faut ajouter les méfaits du piratage qui font que nous dépensons l’argent à perte. Il faut le dire sans hésiter, ce n’est que par amour que nous faisons la musique.  Alors si nous voulons vivre et garder une chance de continuer de sortir un produit de temps en temps, nous devons nous donner d’avantage à la scène par exemple ou à d’autres prestations au niveau du studio qui sont plus rémunératrices. C’est ce que je fais. Je me dois même d’avoir un autre métier pour m’en sortir et ne pas compromettre mon intégrité artistique sur l’autel  de l’argent. Vous comprenez donc qu’entre le temps consacré pour les spectacles sur les scènes en Europe, écrire des textes, composer des musiques et faire son deuxième boulot pour nourrir sa famille, il reste peu de place pour réaliser et produire des disques au rythme  où le souhaiteraient mes fans.

Que  cache le titre APOTHEOSE que vous avez donné à cet album ?

Il traduit surtout l’image que m’ont renvoyée tous ceux qui ont gravité autour de la réalisation de ce disque. Il faut dire que j’ai inscris mon travail dès le début dans un processus qui vise l’excellence. Je suis donc  en permanence en train de chercher  comment améliorer ce que j’ai fait. Les changements de tonalité  qu’on peut observer dans ma voix,  d’un titre à un autre ou d’un album à l’autre  participent de ce  souci.  Je ne sais pas dans quelle mesure j’y parviens, puisque je ne peux pas me juger moi-même, alors je me contente des avis que mon entourage peut émettre. Celui-ci a trouvé que cet album est ce que j’ai fait de plus abouti depuis  le début de ma carrière. Il est la quintessence de mon œuvre. Une sorte d’APOTHEOSE à ce stade de mon parcours, par rapport à ce que j’ai toujours recherché aussi bien au niveau de la voix, du son que du rythme. Le public lui aussi jugera.

Pourquoi persistez vous à chanter en Bassa au moment où beaucoup de vos confrères semblent opter pour des textes en français pour toucher un public plus large ?

Je ne suis pas convaincu qu’il suffit de chanter en français ou en anglais pour atteindre cet objectif. Mais à chacun ses choix. Le mien est de chanter en Bassa qui est ma langue maternelle, celle que je crois maîtriser le mieux. Ma conviction est qu’un artiste digne de ce nom se doit de donner un sens à son œuvre. Pour le cas d’un musicien, par exemple, on ne devrait pas se contenter de chanter que pour le plaisir de chanter. Nous devrons penser que nous portons une responsabilité auprès du public qui nous suit sur les scènes ou à travers nos  chansons que les médias diffusent. Nous devons garder en permanence à l’esprit que nous constituons parfois des modèles aux yeux de certains, notamment parmi les jeunes générations. Je crois que cela constitue une chance, une occasion à saisir, pour  passer des messages utiles à la société. Celui que moi je voudrais passer est que nous devons à tout prix préserver notre identité, notre culture. Et cela commence par la défense de nos langues qui se perdent. Je peux bien écrire ou chanter des textes en Français ou en anglais. Je ne suis d’ailleurs pas opposé à les utiliser. J’en veux pour preuve, certains de mes titres (Secouer, Secouer…) dans mon précédent album ou YES WE CAN, un des morceaux de  l’actuel, chanté par ma fille. Mais quand je constate que nos enfants s’expriment mieux en français et anglais que dans nos langues maternelles quand ils ont la chance de pouvoir les parler, je me dis qu’il y’a là un danger dont on ne mesure pas les conséquences et qu’il faut combattre. Je voudrais dont modestement y contribuer, c’est pour cela que je mets un point d’honneur à chanter en Bassa. J’ai la faiblesse de penser que ce n’est pas inutile puisque je rencontre de plus en plus, en France  et en Europe, des parents qui me remercient pour leurs enfants qui à forcent d’écouter mes chansons éprouvent l’envie de parler le Bassa. Si je connaissais parler d’autres langues de chez nous, je n’hésiterais pas à les utiliser mais hélas ! ... Je ne peux que recommander aux parents  un effort pour apprendre leurs langues maternelles à leurs enfants. A ces derniers je dis de ne surtout pas commettre l’erreur de ne pas s’y intéresser. S’ils ne comprennent pas tout de suite ce que cela représente, ils réaliseront bien plus tard qu’ils tiennent là un héritage précieux. C’est dans ce but que mes musiques, même si elles respectent les courants et les tendances se notre époque, ont une orientation plus traditionnelle,  à l’exemple du titre MAKUNE que vos lecteurs peuvent découvrir dans l’Album APHOTEOSE.

Que pouvez-vous nous dire de plus sur ce rythme à ceux qui le découvrent. ?

Le  Makune est à l’origine un rythme ancestral fait de chants et de danses d’inspiration mystique que les peuples de la forêt pratiquaient à des occasions spéciales. Il s’exécutait au clair de lune, à l’initiative et sous la conduite des initiés qui  réunissaient  à la  nuit tombée, au clair de lune, tout le village pour consulter les génies de l’eau et de la forêt. Par cette cérémonie, on pouvait obtenir la guérison des personnes malades, conjurer les dangers qui pouvaient menacer la communauté et protéger celle-ci pour un temps donné. Au-delà de son aspect sacré, c’était aussi le lieu d’émotions et de couleurs artistiques extraordinaires que j’essaye de restituer pour les nouvelles générations qui n’ont pas eu la chance de vivre ces moments comme nous.

Faudra –t-il attendre encore autant de temps avant d’avoir un autre album de vous ?

Pour l’instant, je me préoccupe  avant tout de savoir comment faire pour  que le public  ait accès à ce dernier album. Mon objectif n’est pas mercantile, (même si ce sera bien un plaisir pour moi de  récupérer mon investissement) mais d’évaluer  mon travail à travers l’accueil que le public, le critique qui compte au déçu de tous les critiques,  lui aura réservé. C’est pour le public que nous faisons la musique. Il faut donc coller au plus des aspirations de celui-ci. C’est pourquoi il faut être à son écoute.  Cela dit, j’écris et compose en permanence, mais je m’impose de ne sortir un album que quand je pense qu’il est prêt. Je ne me mets pas de pression, toutefois je promets de faire en sorte que mon public n’est plus à attendre trop longtemps.

Ton public du Cameroun peut –il espérer te voir bientôt ?

Tout à fait. Je serai au Cameroun à partir du mois de Mai pour une tournée  promotionnelle  dans plusieurs  villes. Mon équipe travaille encore sur  les derniers détails du  programme de cette campagne et vous le communiquera  en temps opportun.

Peut-il s’attendre à des spectacles à cette occasion?

J’en donnerai, mais pas forcement pendant cette période de promotion. Je préfère le faire à un autre moment, après avoir bien installé l’album auprès du public, probablement vers la fin de cette année ou début 2012. En revanche, je souhaite que mon passage au Cameroun soit l’occasion de nouer des contacts  avec des organisateurs, sponsors, mécènes… et  tous ceux qui peuvent contribuer à la bonne réalisation de ce projet.

Comment  peut-on se procurer de l’album APOTHEOSE ?

On peut le commander par Internet sur le Site MPS communication ou par téléphone au 06 58 05 92 65. Pour ceux qui sont en Europe, ils peuvent également le trouver  en boutique, au 112 boulevard Davout dans le 20ème Arrondissement de Paris, Metro Porte de Montreuil.

Le temps de boucler des négociations avec les distributeurs,  nous communiquerons très bientôt des points de vente au Cameroun et dans d’autres pays du continent.

Un dernier mot ?

Je voudrais avant tout remercier litenlibassa pour l’occasion qu’il m’a donnée  de m’exprimer. J’ai ensuite une pensée pour tous mes fans, notamment les plus jeunes, à qui je dédie cet Album. Il est sans prétention, mais je l’ai fait avec sérieux et tout mon cœur. Écoutez-le. Peut –être y trouverez vous de l’intérêt. Je voudrais enfin dire aux professionnels des médias, maillon indispensable pour la défense de notre culture, que nous serons du même côté pour donner  à cet album la chance qu’il mérite. Sans prétention. !

Encore une fois merci à tous !

 

 

Réalisée par Manmut  Pem pour litenlibassa


Commentaires  

 
#1 22-03-2011 13:18
Enfin un PR bien concu et professionnel. A l image du titre " U Bi Kè" qu'on ne cessera jamais d'ecouter, d'aimer
 

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