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La norme considérée comme une finalité dans la pensée africaine

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La science permet d’appréhender les lois cachées de la nature à partir de l’observation attentive et méthodique des phénomènes, de comprendre les relations que les faits entretiennent entre eux, en l’occurrence, la transformation du désordre en ordre, des minéraux jusqu’à l’apparition de l’homme sur terre en près de dix à quinze milliards d’années.

 

            La norme comme moyen de régulation sociale vise l’enjeu de transformation de la non-vérité en vérité, du désordre en ordre, de la mort en vie, de l’inégalité en égalité, de l’injustice en justice, de la compétition en harmonie, de l’expansionnisme en régulation en vue de maintenir le cap de l’existence.

            Grâce à cette méthode ordre-désordre, ce moyen, la valeur est perçue comme une élaboration permanente qui transcende la conscience des individus pris isolément. Elle s’attache, de fait, à atteindre un palier qualitatif de cohérence, de pertinence et de performance de la culture et de l’organisation politique. La valeur, la norme et la finalité sont trois termes qui se rejoignent dans la construction du social en Afrique noire.

            Par exemple, la vie a son équivalent qui est la mort. Il importe de s’en préoccuper autant qu’on se préoccupe de la vie. De même, l’invisible devient-il une dimension de saisie du visible, l’esprit celle de la matière, le désordre social celle de l’ordre social, etc. La finalité, la valeur naît de cette activité du reste normative, entre ordre et désordre.

            On le pressent, le déploiement de cette dialectique ordre/désordre varie d’une culture à une autre en engendrant les paradigmes, les environnements géographiques impulsant des catégories différentes de la réalité selon les climats et les problèmes de survie rencontrés.

            Si donc l’homme et la vie constituent une finalité politique en Afrique noire, il n’en est pas de même en Occident. Et pour cause, les systèmes sociaux nés du culte de la raison souveraine (le Léviathan, l’homo œconomicus, le système de régulation sociale par le marché ou la planification autoritaire centralisée) font de l’homme, de la nature et de la vie, des victimes du capitalisme de prédation planétaire.

            Parce que Descartes formalise précisément l’enjeu de compartimentation de la matière en catégories distinctes, atomisées, sans rapport les unes avec les autres, que l’instinct de domination du nomadisme indo-aryen prend le dessus en fixant un rapport subjectif d’asservissement. Ici, c’est toute la logique de la matière qui domine avec ses lois mécaniques, ses relations concurrentielles et par conséquent conflictuelles, sa vision atomistique de l’être, etc. C’est la raison pour laquelle Edgar Morin souligne avec gravité :

« C’est notre façon de voir qui doit changer. »

         La pensée politique africaine procède davantage d’une régulation par l’essence, c’est-à-dire qu’elle privilégie une approche holistique et systémique où tout doit être en équilibre conformément à l’ordre universel. Elle y renverse la perspective historique de l’Occident, c’est-à-dire qu’elle oppose à la logique d’expansionnisme, une logique de régulation.

            Olivier Costa de Beauregard en saisit l’enjeu :

« Si l’humanité doit durer, il va falloir trouver un régime tout à fait différent de celui de l’expansion continue que nous avons connue jusqu’ici. Ou alors va-t-il se produire une mutation spirituelle ? (…) C’est toute notre culture qui est à repenser à la fois d’une manière plus rationnellement étudiée, et beaucoup plus spirituelle – au sens que les religions donnent exactement à ce mot. »

            Nous voici à la croisée des chemins : une mutation spirituelle s’impose ou alors le capitalisme mondial entraînera notre monde vers une chute inexorable en raison des disfonctionnements économiques, sociaux, politiques, financiers et écosystémiques insoutenables à l’échelle de l’homme, des équilibres écosystémiques et des nations. Yves Person dresse un bilan alarmé de la situation :

« Deux siècles de progrès, conçu comme une simple croissance de la production matérielle aux dépens des rapports humains et menant à une accumulation sans issue qui se heurte aux dimensions limitées de la terre, tel est le bilan de l’Etat-nation, dont l’Europe a un besoin urgent de dépasser les limites. »

         L’Europe politique se constitue désormais. En revanche, son projet civilisationnel reste l’objet d’un vaste programme de reconversion de l’imaginaire collectif qui peine à

trouver ses marques ontologiques. En ce qui concerne l’Afrique, Yves Person entrevoit le bénéfice de la décentralisation traditionnelle du pouvoir :

 

« Il me semble que les sociétés africaines peuvent échapper à cette impasse, écrit-il, et peut-être nous montrer la voie, si elles savent animer les espaces d’autonomie qui vivent en elles-mêmes, au lieu de vouloir les étouffer. »

            Ce conseil digne d’intérêt scientifique et porteur de pédagogie pour demain permet d’ouvrir une parenthèse sur les enjeux de la communication sociale en relation avec les fins poursuivies par les communautés historiques.

 

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