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La peur... au ventre héritée ?

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L'histoire du peuple basaa est principalement marquée par cette terreur qui a régné dans notre pays à la fin des années soixante. La lutte pour la souveraineté du peuple camerounais fut sévèrement réprimée par les autorités françaises et leurs subalternes locaux. De ces atrocités, on n’a pas fini de mesurer ni l'ampleur - du fait de la confiscation de certaines archives -  ni les dégâts - aussi bien matériels que psychologiques.

L'un des dégâts les  plus marquants de ces événements est bien la peur.

Il siège dans notre inconscient collectif, un sentiment. Ce dernier, engendre des comportements que beaucoup déplorent, notamment venant de la part de nos élites. Il n'est pas certains que quiconque se soit un jour penché sur la question. Il serait pourtant utile de comprendre pourquoi beaucoup de nos frères engagés en politique ont déçu et continuent de décevoir. Pourquoi les bambombok se sont retranchés dans la forêt et se sont résignés, laissant par exemple le sort de Ngok Lituba entre les mains de l'église catholique. Ou, pourquoi nous ne nous unissons jamais pour défendre nos intérêts communs.

Selon Achille Mbembe et d'autres historiens, après son assassinat, il était interdit à toute personne de parler du Mpôdôl, de publier ses écrits, de chanter des chants mentionnant son nom. Il a même été interdit à sa famille de faire son deuil selon nos rites basaa. Dans votre entourage, vous connaissez sans doute des UM ou des NYOBE de naissance qui ont été contraints de se refaire un acte de naissance. Des jeunes filles étaient raflées si on les prenait à jouer le « Mbañ ». Des parents, pour protéger leurs filles, ont fait le choix de leur ôter le « Ngo» qui marque l'appartenance à un peuple en particulier. Il ne faisait ainsi pas bon être basaa dans la république d'après l'indépendance. Pourtant, cette loi ne s'est pas limitée dans son temps, celui de terreur. Aujourd'hui encore, certains de nos parents ayant participé aux maquis (lutte pour l’indépendance) sont stigmatisés dans nos villages, quand ils n'ont pas tout simplement été exclus. Il serait injuste de ne pas rappeler que l'on ne les exclus pas par haine ou méfiance, mais bien de peur d'être dénoncé aux autorités, d'être accusé de collaboration avec les « anarchistes ». Un exemple parmi tant d'autres.

Mais pourquoi cette situation tant d'années après ? En effet il n'est pas rare aujourd'hui encore de constater des comportements proches de ceux-là, voire identiques. Des gens qui se défilent face à leur responsabilité de peur de … S'il est désormais possible de s'appeler UM sans craindre la foudre, il reste néanmoins difficile de prendre publiquement position pour la construction de notre communauté, de se montrer attaché à son développement, ou de réclamer la reconstitution de notre histoire. Face à ceux qui prennent ce type d’initiative, se trouvent généralement nos propres frères basaa. Il n'y a pas plus difficile à fédérer de nos jours, que le peuple Basaa ; des voix sortent toujours en interne pour créer la dispersion. Certaines langues confessent que l'idée d'un peuple basaa debout ferait encore peur. Alors au nom de la tranquillité avançons divisés. La peur règne.

A titre d'exemple : Dans le cadre de l'extension de l'Alucam aux fins d'augmenter sa production, il est prévu la construction d'un ou plusieurs barrages hydroélectriques supplémentaires sur l'un des affluents de la Sanaga, autour d'Edéa. Sakbayémi et Song Mbengue sont les localités en ligne de mire. Elle est consternante, l'indifférence dans notre communauté face aux conséquences annoncées  des voies optées par les autorités camerounaises pour satisfaire la société ALCAN RIO TINTO. Les ressortissants de Sakbayémi sont abandonnés à leur sort. C'est pourtant le moment pour nos députés de se montrer proches des populations, nos élites de se montrer attachées à leur bien-être, nos patriarches de prouver qu'ils sont réellement gardiens de notre patrimoine, non seulement traditionnel, mais historique également. Au lieu de nous unir autour de cette cause, nous nous comportons comme s'il ne s'agissait là que d'une affaire de Bikok.

C'est après ce même constat que quelqu'un se plaignait de l'absence de commentaires à l'égard du Mpôdôl sur LLB en septembre dernier. En effet, alors que sur d’autres plateformes de la toile, les langues se déliaient pour dénoncer l’assassinat de l’un de nos héros nationaux, le silence régnait dans notre communauté. Eviter d’enfermer la mémoire de Ruben Um Nyobe dans une ethnie nécessite t-il une telle indifférence ?

D’autre part, l’on aurait espéré qu’un projet tel que celui de la  construction d’un centre culturel du peuple basaa, même conçu par un seul et unique mbombok, soit porté, si ce n’est par toute une communauté, au moins par l’ensemble ou un groupe de patriarches. Ce n’est malheureusement pas le cas, puisque cela fait des années que Mbombok Mbog BASSONG cavale en solo à la recherche de financements et autre type de soutien pour ce projet qui serait pourtant plus que bénéfique pour tous.

Mais derrière cette dispersion, se cache t-il vraiment comme nous aimons l’affirmer, l’égo démesuré des basaa ? Les scientifiques parlent de mémoire génétique. Ne seraient-ils pas inscrits dans notre ADN, les marques de l'oppression subie par nos ancêtres pendant et après la colonisation? Aurions-nous hérité de cette peur et cela n’expliquerait-il pas notre quasi indifférence ou fuite face aux problèmes qui ont besoin de notre engagement sans condition ? Cela expliquerait-il pourquoi notre génération, celle qui n'a pas été témoin de la terreur, a des comportements similaires à ceux de la génération précédente ?

Commentaires  

 
#5 26-12-2010 10:00
Je cite et je fuis, la peur au ventre :

"Les ressortissants de Sakbayémi sont abandonnés à leur sort. C'est pourtant le moment pour nos députés de se montrer proches des populations, nos élites de se montrer attachées à leur bien-être, nos patriarches de prouver qu'ils sont réellement gardiens de notre patrimoine, non seulement traditionnel, mais historique également."

Je ne suis plus là !
 
 
#4 23-12-2010 15:04
C’est moins la peur que le souci de se laisser embarquer dans des travers mal conçus et mal définis. Les Bassas savent que la vertu n’est plus courante au sein de notre communauté. Et que les intentions les plus nobles cachent en réalité des velléités d’escroquerie ou d’abus. L’intérêt commun est rarement de mise. Ton exemple sur le barrage de SongMbengue/SackBayemi est patent : voilà une initiative portée par quelques individus qui se sont épargnés la peine d’associer toutes les composantes de leur localité ! Pour être clair, ces personnes se remuent parce que leurs aïeux seront à jamais submergés par les eaux. Elles ne se soucient guère de la faune, de l’histoire ou de flore de la région.
Sinon comment comprendre qu’elles n’aient jamais mobilisé les différentes associations Bikok de par le monde ? Comment comprendre que ces débats ne soient pas portés par les ressortissants de ces différentes localités ? La réponse est simple : Les pseudos défenseurs des intérêts des SongMbengue/SackBayemi ne sont pas si désintéressés que cela… Mais wait and see, le moment venu on en reparlera ici…
 
 
#3 Manmut 22-12-2010 21:11
L'audace est surtout pour ma part dans la question posée...la peur je ne sais pas quel role elle joue ici, moi je considere qu'elle puisse etre une occasion et non une cause.
Ce qui manque au bassa c'est " la Cause ", voilà ce qui peut mobiliser les énergies, quand on a une cause on n'a pas peur car on pose la cause comme plus grande que soi et son orgueil personel...
Nos péres fondateurs, nos partriarches quand ils sont arrivés dans la zone savaneuse qui deviendra le berceau de notre peuple ignorait-ils qu'ils venaient d'une migration? Non, mais dans le récit de ngog lituba, ils ont èlaboré une cause autour de laquelle unir le peuple autour d'un nouveau départ. Voilà!
Mais les intervention dans ce site seulement nous indiquent l'ètat de la situation: souvent nous sommes prets à mourir pour defendre Jèrusalem, est-ce la peur? Non, nous avons simplement decidé d'embrasser d'autres causes qui militent contre nous et nos ancetres. La cause, la cause et la cause encore, that's the question..
 
 
#2 22-12-2010 08:43
Moi je rajouterais que même si la peur est inéluctablement l une des causes de ce non engagement à la cause politique (les actions de développement relevant de nos jours aux politiciens ou du moins de ceux qui ont leurs appui) elle ne saurait justifié un tel dédain pour la cause de son peuple. Les bassa refusent de se rassembler et d accomplir, pire ils refusent meme juste de se prononcer en faveur de leur peuple. Juste par peur??? je ne crois pas, car ils n'ont pas été les seuls à etre opprimée aux Cameroun. Notre frères Bamilékés l ont tout aussi été. et lorsque je parle de bamilekés je parle aussi de ceux de la zone anglophone du pays. Il y a eu pareil des massacres dans la region de l ouest durant les indépendances. Ce qui ne les empeche pas aujourd'hui d etre unifié(mm si coe ds toute famille il y a des querelles) pour avancer. Le fait est que chez nous ce sont les BITEL qui compte. Les gens préfèrent qu il n 'y ait rien plutot qu il y ait quelque chose qui n est pas passer par eux, ou qui ne porte pas leur signature personnelle et affichée. Il y en a qui s abstiennent d'apporter leur aide juste parce que on leur a refusé tel ou tel poste de président ou de patron. D autres parce que cela ne leur apporte rien directement sur le plan financier. Moi je pense que c'est surtout là qu il y a problème. la peur oui, mais surtout la cupidité et l ORGUEIL!!!
@Jeny, ton article est top, j’espère qu il amènera tous à ce posé les bonnes questions.
 
 
#1 22-12-2010 00:36
@ Jeny,

Bon papier, tu soulèves certains problèmes réels de notre communauté et je pense que c'est tjrs bien d'en parler.
Cela dit, la peur heritée est belle et bien une explication, et on peut en citer d'autres notamment le problèm d'intérêt. Chacun agit pour son interêt propre et non pour l'interêt de la communauté bassa'a. Mais malheureusement la poursuite de ces interêts individuels n'arrive pas à realiser l'interêt du peuple bassa'a. Pire on n'arrive même pas à penser, à refléchir en terme de communauté et c'est bien dommage.

Mais ne ns decourageons pas, ces initiatives de rassemblement bien que l'on puisse s'interroger sur les réelles intentions de leur prometteurs, sont utiles en ce sens qu'elles (re) commencent ce processus d'aggrégation qui pourrait continuer lorsque nous aurons reussi à penser un véritable projet, une vision de société bassa'a.
 

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