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Lettre de Tatiana Majté

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Lettre d’une amoureuse des langues africaines à ses Frères de l’Afrique portant sur l’importance de l’enseignement de celles-ci à nos enfants.

 


Chers frères,

 

Si jusqu’aujourd’hui, tu n’enseignais ou ne permettais pas à ton enfant de parler sa langue maternelle commence à le faire dès maintenant. Si tu croyais que tu lui faisais du bien en lui parlant français , anglais , allemand ou espagnol, tu lui fait plutôt du mal. « Un enfant qui ne sait pas parler sa langue maternelle est comme un arbre sans racine »comme le disait si bien le linguiste camerounais Sammy CHUMBOH.Cet enfant est sans identité. Face aux autres enfants du monde, ce serait absurde qu’il dise que « je suis camerounais car je parle français ». Pourtant le français aura raison de dire « je suis français car je parle français, », l’allemand, « je suis allemand car je parle allemand », l’italien, « je suis italien car je parle italien ».L’importance de la promotion des langues nationales et la nécessité de les enseigner à nos enfants est une urgence urgente.

Chers frères, Il n’est pas besoin de s’interroger sur l’impact de l’enseignement des langues maternelles. D’après plusieurs recherches, les données disponibles de la spycho linguistique et de la neuro biologie cognitiviste dévoilent clairement que les enfants qui maitrisent d’abord leur langue maternelle sont dans tous les domaines plus performants et créatifs que ceux à qui on a imposé une langue étrangère.

Innombrables sont des expériences en Afrique qui confirment cette théorie. En 1981, avec le Projet de Recherche Opérationnelle Pour l’Enseignement des Langues Camerounaises( PROPELCA) qui avait introduit l’enseignement bilingue langue officielle (anglais)et langue maternelle (lamso) dans les écoles maternelles du Nord- Ouest du Cameroun . Les élèves formés dans ce modèle ont été automatiquement les meilleurs de toutes les classes malgré les migrations scolaires, et ce jusqu’à la fin de l’université. De même,après le génocide rwandais de 1994,des rwandais avaient été admis dans quelques établissements au Cameroun parmi lesquels l’Institut Samba et malgré le traumatisme subit pendant ce génocide, ils étaient meilleurs à l’école que les élèves camerounais.

A l’analyse de leur exploit dans les différentes classes, on s’est rendu compte que l’inégalité entre eux et les autres se trouvaient dans le fait qu’ils ont commencé dès la maternelle avec le kirwandais qui est l’une des langues nationales de leur pays.

Autre exemple : Les expériences menées au Niger avaient montrées que des enfants alphabétisés dans leurs langues maternelles, dans le primaire, donnaient des meilleurs résultats dans l’apprentissage d’une langue étrangère, en l’occurrence le français, une fois affrontés aux autres élèves qui, eux, ont suivi un enseignement entièrement en français dans le primaire.

Citons une dernière étude. C’est celle menée au Burkina-Faso qui montra que la probabilité auprès des élèves de Terminales scientifiques à réussir une épreuve de mathématique portant sur l'Intégrale (qui est un de leur chapitre en mathématiques)est manifestement augmentée de 60% quand la même épreuve a été traduite en moré par les linguistes du Burkina-Faso. Par ailleurs permettez – moi de vous signaler que plusieurs recherches faites ont montré que Les abandons des études enregistrés dans les écoles en Afrique, s’expliquent en majeure partie par le fait que les enfants entrés à l’école dès le bas âge, sont confrontés à une langue étrangère quand ils y arrivent . Ceci entraine le traumatisme psychologique chez ces derniers.

Dans le secondaire et le supérieur, l’enseignement dispensé en langues étrangères constitue un obstacle pour le développement de l’Afrique. Vous voyez donc que L’apprentissage des langues maternelles est une des conditions sine qua non dans l’éducation de nos enfants en particulier, et dans la promotion de l’homme en général dans ce continent. Comme disait l’anthropologue-journaliste François Bingono Bingono lors d’une interview qu’il m’avait accordée sur l’importance de la presse écrite en langues nationales « le développement de notre pays que nous attendons à partir de l’anglais et du français n’aura jamais lieu ».Il est à relevé que nos langues comportent d’énormes richesses favorables au développement de nos pays. L’Afrique dispose des valeurs humaines, culturelles et philosophiques extrêmement concurrentiels qui peuvent faire objets de connaissances et d'éducations et permettre à l’africain de pouvoir aussi, très authentiquement, se différencier des autres en vue des échanges.

J’ai toujours pensé que ce sont les jeunes qui peuvent facilement développer un pays alors il faut les amener à parler leurs langues et à les aimer. Quand nous regardons dans le monde, jusqu’ici aucun pays ne s’est développé avec la langue de la colonisation et qui dit développement dit transmission des savoirs, de savoir –faire. Cette transmission passe parla langue, à la fois à l’école, dans la formation initiale et dans la formation continue » Louis Jean Calvet. Le lien entre développement et langue est incontournable. Considérée comme véhicule privilégié du transfert de connaissances, la langue a une fonction précieuse dans la formation des acteurs et les bénéficiaires et donc dans tout le processus de développement scientifique et technologique. Aujourd’hui si la Chine et le Japon tutoient les Etats Unis c’est parce qu’ils ont compris l’importance de promouvoir leur langue et ont mis cela en pratique. Donc il ne s’agit pas seulement de comprendre !!

Chers frères et sœurs pour finir mettons nous au travail, envoyons nos enfants dans des centres de linguistique où ils pourront apprendre nos langues, parlons leur en langue maternelle. Achetons-leur des livres en nos langues.


Votre sœur TATIANA MATJE

 

Commentaires  

 
#6 wad 13-06-2011 12:06
c dans la langue que se cache notre culture. La langue maternelle devait etre celle de la culture qu'on a à l'origine et non celle qu'on embrasse. Meme multilingue on ne doit pas oublier ce qu'on fait de notre culture première...
 
 
#5 jeny 13-06-2011 11:19
@ Manmut tu dis ceci :"il n'y a plus de pureté culturelle aujourd'hui" tu reconnais donc que les cultures se mélangent, le basaa que nous parlons aujourd'hui au Cameroun est sûrement pas la langue que nos ancêtres pratiquaient dans la vallée du Nil. Selon l'expérience de l'individu donc, on peut parler Mandarin, avoir le mbongo comme plat de base et prier dans une synagogue.

@Nathy, d'accord avec toi quand tu dis ceci :"langue parlée chez nous n'est pas celle qui transmet le plus notre monde". Mais nos propres langues, en tout cas la manière dont nous les employons aujourd’hui transmet-elle fidèlement notre vision du monde, ou, pour reprendre tes mos, « notre monde ». Je veux dire qu’au contact d’autres cultures, nos langues évoluent aussi. Et le basaa d’aujourd’hui est très influencé par le langage religieux qui est une vision non pas de notre monde, mais celle d’une autre culture.
 
 
#4 N.A.B 10-06-2011 11:53
Je pense pour ma part (ref aux exemples cités par l'article)que le fait que des jeunes Camerounais soit moins productifs que d'autres n'est pas du au fait qu'ils parlent des langues étrangères.

Mais bien du au fait que la langue parlée chez nous n'est pas celle qui transmet le plus notre monde. Je m'explique: La langue est le transmetteur d'un mode de pensée, d'une conception que l’on se fait d’une chose, d’un objet, d’une personne et surtout de son monde.

Donc le problème du Cameroun est que les gens comprennent mal leur environnement, puisqu'il leur est mal (re)transmis et ce Dans une langue pensée pour comprendre et transmettre un autre monde. Les conséquences nous les connaissons tous.

Apprendre à parler d'abord nos langues pourraient etre un début de solution à condition que l'on nous enseigne par la même occasion à utiliser nos langues pour faire une bonne lecture de notre environnement. Parce que c'est en fait ça qui nous manquent cruellement.
 
 
#3 Manmut 10-06-2011 04:09
Citation en provenance du commentaire précédent de jeny :
Je m'interroge sur le sens même de l'expression "langue maternelle". Est-ce la langue que la mère apprend à l'enfant ou la langue de nos ancêtres ?

Quel est la langue de nos enfants ? Celle que nous leur apprenons ou celles de nos origines (le basaa pour nous) ? De quelle culture sont nos enfants ? Celle dans laquelle ils grandissent ou celles de leur arrières grand-parents (que beaucoup n'ont jamais croisé) ?


La langue maternelle est la premiere langue qu'on a apprise dans le milieu familiale...ce qui veut dire que il y a des personnes comme moi qui ont deux langues maternelles.

Quant à la culture, il n'y a plus de pureté culturelle aujourd'hui, mais il y a des domaines de la culture qui restent capitaux dans la détermination de son apparternance culturelle: la langue et les croyances. Si l'oocident par exemple se reclame judéo-chrétienne, c'est qu'elle retient que le plus important dans la culture c'est la rèponse qu'on donne à la question: d'où venons nous et où allons nous! Et dans ce cas, si je fais de mon enfant un chrétien, il devient un enfant de culture judéo-chrétienne. Car on ne peut pas etre de culture bassa ( Nanga est autre ancetre le plus lointain connu ) et judéochrétien en meme temps ( Adam est notre ancetre originelle )....on peut manger le camembert, boire le vin blanc, dancer la tecno et venerer ces ancetres bassa, mais si on dance l'assiko, on mange le mbomgo tjobi et on va à l'Eglise catholique ( ce n'est qu'un exemple ) se prosterner devant un dieu blanchie...de quel culture est-on!
 
 
#2 eoga20 09-06-2011 20:27
Citation en provenance du commentaire précédent de jeny :
Je m'interroge sur le sens même de l'expression "langue maternelle". Est-ce la langue que la mère apprend à l'enfant ou la langue de nos ancêtres ?

Quel est la langue de nos enfants ? Celle que nous leur apprenons ou celles de nos origines (le basaa pour nous) ? De quelle culture sont nos enfants ? Celle dans laquelle ils grandissent ou celles de leur arrières grand-parents (que beaucoup n'ont jamais croisé) ?


Je partage le commentaire de Mme jeny et j'ajoute quelle est la culture camerounaise parlant de la langue d'un pays, considérant que le Cameroun a plus de 200 langues ?
 
 
#1 jeny 09-06-2011 15:47
Je m'interroge sur le sens même de l'expression "langue maternelle". Est-ce la langue que la mère apprend à l'enfant ou la langue de nos ancêtres ?

Quel est la langue de nos enfants ? Celle que nous leur apprenons ou celles de nos origines (le basaa pour nous) ? De quelle culture sont nos enfants ? Celle dans laquelle ils grandissent ou celles de leur arrières grand-parents (que beaucoup n'ont jamais croisé) ?
 

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