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LA LANGUE SUFFIT – ELLE POUR VEHICULER UNE CULTURE ?

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La population du Cameroun était estimée à 19.406.100 habitants au 1er janvier 2010 et à cette population croissante s’ajoute une autre spécificité camerounaise.

La texture démographique de notre pays tire aussi son originalité dans ses différentes composantes linguistiques, environ 200 langues nationales et 2 langues officielles : le français et l’anglais. Depuis quelque temps, on note un effort considérable des pouvoirs publics à reprendre la main sur les langues nationales qui au regard de certains spécialistes « connaissaient déjà un déclin au pas de géant ». Langues étrangères ou servitude ? La langue se suffit-elle pour véhiculer une culture ?

Les pouvoirs publics dans un sursaut de rattrapage ont repris la main sur un terrain ou des écarts très considérables se faisaient déjà sentir. Mais est-ce l’arrivée du médecin après la mort ? Dans d’autres articles déjà évoqués ici sur le site internet LLB, nous avions parlé des aspects fondateurs et fédérateurs de l’usage de nos langues nationales. Au constat que cette prise de conscience a été effective et suivie par des actions concrètes à l’échelle nationale (éducation nationale et enseignement supérieur), nous sommes en droit aujourd’hui de nous poser la question de savoir si le seul fait de parler une langue peut garantir la promotion d’une culture ? Par langue, j’entends, un système des signes linguistiques, vocaux, graphiques ou gestuels qui permet l’établissement d’une communication, le décryptage d’un message, d’une pensée, d’une émotion, d’un vécu entre les individus. La langue apparait dont comme un socle fondamental qui unit les individus pour ce qu’ils partagent. C’est la sortie de « moi » vers « l’autre  » dans le but d’établir un lien et de se faire entendre. Le Cameroun comme la grande majorité des pays au sud du Sahara, a cette particularité que des dizaines de langues sont connues, et codifiées avec pour intérêt principal la communication. Les langues telles que le bamoun, le bankon, l’éton, le bulu, le douala, le basa’a, le yabassi, le dibom, le banen, le bawéri, le mbang, le peul, les langues bamiléké et leurs sous-ensembles sont-elles porteuses d’autres valeurs autre que le fait de communiquer ? Nos langues nationales portent-elles d’autres messages ?

La valeur scientifique et la portée linguistique des langues bantoues ou négro-africaines ne sont plus à démontrer mais comme l’a remarqué Th. Obenga, « décider sans preuves, dans le domaine de la recherche scientifique, est une grave escroquerie intellectuelle ». Le tout est donc de s’entendre sur ce qui constitue des preuves. Certes, la communication est scientifique, mais le nœud est de savoir si nos langues bantoues peuvent communiquer un savoir scientifique ? La prose de « liké li nkeke  », ou les mélodies des chansons d’Aladin Bikoko, d’Eko Roosevelt, Manu Dibango portent –elles un substrat dans le solfège du répertoire musicale ? Sommes-nous capables d’élaborer et de transmettre un savoir scientifiquement cohérent par le biais de nos langues nationales ? Dans la pensée populaire, je pense en langue étrangère avant de transcrire ou de verbaliser ma pensée par ma langue maternelle. Cette difficulté de rester soi–même dans la pensée et dans la verbalisation de nos idées rend caduque et avec profonde altération ma personnalité en tant qu’individu appartenant à un socle linguistique reconnu. A cette étape est–ce possible de codifier et de transmettre une pensée scientifique dans ma langue maternelle sans m’altérer moi-même ?

A quand une véritable poésie Banen, basa’a, fufuldé, peul. A quand un livre de calcul de CP en langue bakwéri ou douala ? A l’ère de l’éclosion des nouvelles techniques de communication, est-il possible d’avoir en langue basa’a les manuels de base de l’informatique ? Peut-être, me suis–je senti un peu écarté de la logique des « autres » qui voudrait que l'on apprenne en s’oubliant… mais de grâce le chemin est très long et la patience de mise. Ce n’est pas une révolution, et même s’il en fallait une … n’est-il pas venu le temps d’oser ?

Pouvons nous conclure avec Th. Obenga que «  pour sortir la linguistique générale africaine des redites et impasses actuelles de même que de son statut mineur séculaire, il faut nécessairement prendre en compte la langue égyptienne, pharaonique. » ? La ligne de conduite du linguiste est maintenant fixée : foin des descriptions de langues ; que chacun essaie de chercher des relations qui ne peuvent manquer d’exister entre les langues négro – africaines et l’égyptien afin de bâtir le négro–égyptien. A coup sûr cela est en très bonne voie. Loin de traiter un problème linguistique camerouno-camerounais, c’est toute la problématique de l’ensemble des langues bantous qui est posée : l’extrême proximité des langues égyptiennes avec les langues bantous. Une langue ne se construit pas en 15 jours….. C’est la philosophie d’un peuple, l’âme et la vie d’un groupe humain. Même le patriotisme à lui seul ne suffira pas.

Ma culture, c’est le chant des oiseaux au réveil matinal, celui du chant de ma grand’mère qui berce son petit fils au rythme d’un conte de Charles Binam bikoï, d’une musique mélodieuse de Belka Tobbis, la lecture du dictionnaire du Dr. Pierre Emmanuel Njock ou celui de BELLNOUN Momha, avec l’espoir qu’un jour la langue basa’a puisse véhiculer la pensée scientifique d’un peuple qui n’est point en manque d’inspiration.

 

 

Commentaires  

 
#5 audrey jones 19-07-2011 14:22
bon tout d'abord il serait bon à savoir que suis pas trop branchée coté "culture africaine" du moins "culture camerounaise" mais suis au moins sur que "la langue" fait partir des outils fondamentales en ce qui concerne la transmission des cultures peut être pas par sa perspicacité mais plutôt au niveau de son usage car je crois encore qu'elle est la mieux utilisée. Ainsi pour ramener dans le cas du Cameroun qui est un pays polyvalent, je dirai que le Cameroun du au simple fait qu'elle renferme plusieurs langues fait de lui un pays très accosté sur plusieurs plans d'ailleurs ceci grace aux différents éléments qu'il peut regorger c'est pourquoi il est considéré comme "le berceau de l'humanité"
 
 
#4 jeny 21-06-2011 10:52
La langue a elle seule ne suffit pas, je dirais même que notre seule langue ne suffis pas.

1- On peut utiliser d'autres éléments pour véhiculer la culture : l'art, la technologie ...

2 - Se servir des outils utilisés dans d'autres cultures : d'autres langues, leur "marketing" ...

Tous les éléments sont bons pour véhiculer notre culture, il faut s'ouvrir pour élargir son propre champs d'influence.
 
 
#3 d.nogbanga 20-06-2011 16:30
Mon frère, ton analyse est fondée!
Mais comme tu le dis, nous devons tous faire une sorte d'introspection! n'attendons pas tjrs tout des autres!!!!!
 
 
#2 wad 20-06-2011 12:30
@zachée
La poesie bassa existe. Et les bases pour rendre "scientifique" nos langues ont eté posépar des grands maitres. Il faut que les bantous s'entende sur le jargon scientik valable pour tous. Je dis bien s entende. Car SI les allemands acceptent le mot Pediatrie ( = Kinderarzt = medecin des enfants mot à mot en Allemand) alors que l'allemand lui compose tous ses mots, c juste par soucis d'harmonisation scientique.
Le savant Anta Diop dans nations negres a posé les bases scientik de nos langues en inventant ou composant les mots mathematiques qui n existaient pas encore..
Combien savent qu'un texte de physqiue nucleaire a eté traduit en Wolof ?
 
 
#1 N.A.B 20-06-2011 11:13
...Surtout que cette philosophie et cette vision du monde est tout aussi riche de son lot d'enseignements.Il suffit d'écouter cette langue(basa'a et autres langue bantoues pour ce qu'elle est pour saisir toute la richesse qu'elle contient. Le savoir qu'elle renferme.

Mais encore faudrait il en faire une bonne lecture et compréhension de ces langues.

Vu que à force de pratiquer d'autres langues nous avons totalement adhérer à un monde parfois en total désaccord avec celui que véhicule ses langues Bantoues. Par exemple: aujourd'hui nos enfants disent "tonton untel, tata" qui peut me dire ce que ça veut dire en basaa? Tonton n existe pas. C est poua pour tous les frères de son père et Nyamdom(tjrs Poua) pour tout ceux de sa mère. En utilisant le terme tonton pour nommé quelqu'un et bien on aura avec lui la relation qui sied au tonton de même pour celui qui dira "poua"... et c est ainsi que notre parlé(langue de ref) l'air de rien influence directement nos modèles de vies et notre rapport aux autres et au monde qui nous entoure.
 

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