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L’engagement politique des jeunes en question

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A la suite du 17ème sommet de l’Union Africaine tenu du 30 juin au 1er juillet 2011 à Malabo en Guinée équatoriale où il a été question d’"accélérer l’autonomisation des jeunes pour le développement durable", nous nous permettons de questionner l’engagement politique des jeunes camerounais, qui préparent une échéance politique importante qu’est l’élection présidentielle.

Parce que nous pensons que le processus permettant à la jeunesse camerounaise et africaine en général de se doter des moyens nécessaires à son autonomie est éminemment politique, en ce sens que toutes les matières auxquelles il se rapporte (éducation/formation, emplois, participation des jeunes à la vie publique, etc.) découlent d’une vision structurée autour des programmes (politiques) élaborés et mis en œuvre par les gouvernements et faisant appel à l’implication des jeunes. Mais surtout, l’engagement politique des jeunes nous intéresse non pas parce qu’il s’agit des jeunes, mais parce qu’il est essentiel à nos yeux, au fonctionnement de notre démocratie et de la vie publique de manière globale. Enfin, à écouter les aveux répétés d’échecs et d’impuissance de nos gouvernants - le récent sommet de Malabo en a encore été le théâtre - l’enjeu politique est tel que s’impliquer pour les jeunes devient une question de survie, sachant que la politique décide de la vie quotidienne des citoyens.

 

Le contexte

Avec une population dont l’âge moyen est de 22,1 ans, il n’est pas excessif au regard des faits, de parler de la mise à l’écart de nos jeunes du champ politique. Un bref regard sur le rétroviseur nous permet de voir que la jeunesse camerounaise dans les années 1940 à 1980, était aux avant-postes de la vie publique nationale, à l’instar de Ruben Um Nyobe, figure emblématique de la lutte pour l’indépendance du Cameroun, propulsé à la tête de l’UPC en novembre 1948 à l’âge de 35 ans, Ahmadou Babatoura Ahidjo élu à l’Assemblée Territoriale du Cameroun en 1947 à l’âge de 23 ans et qui deviendra à 36 ans, le 1er président du Cameroun ou encore Paul Barthelemy Biya entré au gouvernement en 1962, alors âgé de 29 ans. Mais que s’est-il passé pour que ces 20 dernières années en l’occurrence, l’on assiste de manière systématique à une "papy-risation" de tous les postes politiques et d’administration ? Aucun membre du gouvernement, aucun député, aucun directeur général de société à capitaux publics, aucun responsable de partis politiques de premier plan, y compris dans les sections des jeunes n’a moins de 35 ans (âge maximum pour être considéré comme jeune par le Conseil National de la Jeunesse). Le plus dramatique nous semble-t-il, c’est que non seulement les jeunes sont écartés depuis au moins deux décennies des affaires publiques mais la formation n’est plus à l’ordre du jour des activités de nos partis politiques. Il faut redouter que "l’avenir de la nation" soit ainsi sérieusement compromis, ce d’autant plus que la complexification des enjeux politiques qu’induit la mondialisation commande la fabrication d’une nouvelle élite politique, laquelle ne peut se satisfaire de la seule acquisition des savoirs et des technologies qui ont besoin d’être colorés idéologiquement pour contribuer au développement du Cameroun.

Dans le même contexte, l’inaptitude de nos gouvernants à capter les aspirations des jeunes malgré l’allocation des "budgets importants" à l’instar de celui de l’éducation, est davantage perçue comme la résultante des promesses non tenues, toutes choses qui ont l’effet d’accroître la complexité des affaires publiques et achèvent ainsi de démotiver les jeunes à s’engager en politique. Inutile de revenir sur les pratiques et comportements des politiciens (clientélisme, démagogie, copinage, corruption, coups bas…) qui sont plus ou moins communs aux humains en politique, mais ce qui peut choquer chez nous, c’est la vacuité des programmes politiques qui trahit bien une absence de pensée politique. C’est dans ce climat d’une politique désenchantée doublé d’une crise sociale et économique endémique, que les «jeunes du Renouveau» sont amenés à s’engager en politique.

 

Les jeunes se règlent sur les classes dirigeantes

«L’engagement politique des jeunes se construit et prend forme à partir d’une double dynamique, celle de l’héritage et celle de l’expérimentation.» Autrement dit, les jeunes reprennent en tout ou partie les usages et les pratiques politiques des générations qui les ont précédées, qu’ils essayent de recomposer en tenant compte des conditions propres à la conjoncture historique et politique dans laquelle ils sont appelés à agir, de manière à inventer une nouvelle culture politique. Quoique qu’il en soit, le legs des générations antérieures oriente les trajectoires et les choix politiques des jeunes. A l’observation, la première caractéristique de l’engagement politique de notre jeunesse est sa temporalité. Comme hantés par le «souci de l’immédiat», les jeunes inscrivent leur action politique dans une dynamique de l’à-coup, qui se rapporte dans la plus part des cas à un soutien ou non à un acte politique posé par un individu ; c’était le cas lors des marches pour remercier Paul Biya pour les «bourses d’excellence» gracieusement offertes aux étudiants. Un autre attribut de l’engagement des jeunes est son potentiel contestataire. Spontanées, violentes et sans soubassement idéologique, les contestations des jeunes comme c’était le cas avec les émeutes dites de la faim de février 2008, visent à exprimer un mécontentement d’une tranche de la société qui n’a pas reçu l’encadrement adéquat lui permettant de se faire entendre et de participer à la recherche des solutions. A l’instar de celui de leurs aînés, l’engagement politique des jeunes est essentiellement réactionnel, emprunt de ruptures et d’incohérence, tourné vers la satisfaction des intérêts personnels.

 

A qui la faute ? Esquisse de solutions

Ahmadou Hampathé Ba disait qu’ «un père sur qui son fils porte la main est coupable d’avoir mis au monde, un fils qui un jour osât porter la main sur son père». Cela dit, la responsabilité première est celle des aînés, notamment les élites politiques sur lesquelles les jeunes qui s’engagent en politique se règlent. La reproduction des élites devrait être une préoccupation essentielle de toute formation politique, un instrument de sa régénération qui lui permet objectivement de se projeter dans l’avenir. Cette reproduction ne saurait être un simple phénomène cyclique, mais une politique pensée et soutenue qui passe par l’apprentissage. Hors qui dit apprentissage suppose un cadre d’exercice d’une pratique, ici la politique. Il est impératif que nos partis politiques créent en leur sein des cadres d’exercice du débat politique. Cela peut commencer par l’organisation des séminaires pour par exemple expliciter l’idéologie du parti, expliquer les programmes des candidats, comprendre la politique internationale, etc. Ils doivent ensuite avoir le courage de rajeunir leurs équipes et donner ainsi plus de responsabilités aux jeunes en veillant par exemple que des quadragénaires ne dirigent plus les organisations des jeunes. Un autre effort à faire par les aînés est celui de la dé-catégorisation des jeunes, qui ne devraient plus être considérés sous le seul attribut de jeunes et mis à l’écart des «grands débats», mais comme des citoyens à part entière qu’ils sont, parce qu’à bien y regarder, il n’existe en matière de pensée et d’engagement, de frontières générationnelles que celles factices crées par le système. De même, les programmes des candidats doivent être intelligibles, lisibles en présentant clairement les objectifs ainsi que les moyens et la méthode pour les atteindre, en sorte qu’un jeune du RDPC par exemple, puisse expliquer au cours d’un débat à la télé ou à la radio ce que c’est que «les grandes ambitions», en termes concrets et précis, ou qu’on n’en soit moins du côté de l’opposition à démontrer l’échec du renouveau, qu’à montrer comment un Cameroun meilleur peut se construire. Ce travail des partis politiques devrait être complété ou plus exactement être précédé par la réforme de l’Ecole républicaine, où programmes, méthode pédagogique et système d’évaluation devraient permettre de transformer les individus en citoyens capables de comprendre leur environnement culturel, social, politique et économique en ayant un regard avisé sur le monde.

De toute évidence les jeunes ont aussi leur part de responsabilité, ils devront notamment participer à abroger les nombreuses conceptions erronées de leur rapport à la politique. D’abord il importe de préciser que la politique (même chez nous) est aussi l’affaire des jeunes, d’où les sections de jeunes dans les partis politiques. Ensuite, il est indéniable que tous les problèmes de la vie publique sont interdépendants et leur résolution éminemment politique. En outre, les jeunes ont une expérience plus ou moins structurée des débats civiques au sein des associations «apolitiques» où ils militent. Aussi les jeunes gagneraient à transposer cette expérience sur le terrain de la politique stricto sensu. Toutefois cet engagement ne devrait pas être une simple adhésion à des idées ou discours formulés, mais une participation au débat, c’est-à-dire participation à construire ces idées et à formuler ces discours, pour mieux se les approprier pour prétendre les défendre. Le processus de socialisation politique des jeunes suppose à la base une jeunesse bien formée et civiquement éduquée, car on ne saurait raisonnablement parler de jeu politique sans des citoyens, c’est-à-dire sans des personnes connaissant leurs droits et leurs devoirs et engagées à les protéger ou les remplir. Sur un tout autre plan, on n’a pas besoin d’être diplômé en science politique pour s’engager politiquement, chacun par rapport à ce qu’il fait, peut et doit contribuer à construire le «mieux vivre ensemble» qui devrait être l’objectif de tout engagement politique.

L’engagement politique des jeunes doit être permanent et plus affirmé à l’occasion des grands moments de la vie politique nationale comme ce sera le cas avec l’élection présidentielle à venir. Mais évidemment ce n’est pas son seul moment d’expression, reconnaitre et saluer les réformes qui permettent d’avancer, protester pour demander la réalisation effective des promesses faites, ou participer à un débat pour proposer des idées, contribuer à la réflexion pour envisager des solutions sont autant de moments importants de l’engagement politique qui nous semble être une question de survie pour notre jeunesse.

 

 

Alexandre Arsène BELL

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