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Interview : Marceline NGO BIKOKO

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« Comme on le dit souvent en Afrique la richesse pour un homme se voit au nombre de femmes et d’enfants ? ». Si tel est le cas, Jean Bikoko Aladin n’a pas laissé qu’un héritage culturel au monde. Marceline Ngo Bikoko fait parti de ce lègue, mais ne se contente pas du statut.

Femme courageuse, elle porte sur son dos une histoire familiale qu’elle assume, et dont elle fait une motivation pour porté plus haut le flambeau paternel.

 

 

Madame Bonjour

Bonjour Monsieur

 

Il se fait que dans votre monde basaa, on a l’habitude pour désigner la fille de quelqu’un de dire Ngo (Ngo signifiant la fille de …). Vous êtes la fille d’un patriarche qui nous a laissés il n’y a pas si longtemps que cela. Il s’agit de Jean Bikoko. Comment doit–on vous appeler ? Bikoko ? Ou lui aussi a laissé cette culture du Ngo ?

Bien vous pouvez m’appeler Bikoko, ou Ngo Bikoko. Mais selon les usages Basaa, je suis Ngo Bikoko, Marceline Ngo Bikoko.

 

Lorsqu’une personne du calibre de votre père décède, on a l’impression, même après 50 ans de n’avoir vu que lui. Pensez vous, en ce qui vous concerne pouvoir continuer son œuvre?

Evidemment ! J’entends poursuivre le travail de mon papa. L’œuvre qu’il a commencé et qui selon moi, est terminée dans la mesure où il a tout donné au public, le meilleur de lui-même. Mon père a beaucoup fait pour le Monde entier, pour le Cameroun et pour le peuple basaa en particulier.

 

En ce qui me concerne, j’aimerais aussi faire de la musique comme lui. Je suis d’ailleurs sur le point de sortir un album. Mais j’aimerais aussi faire mes preuves par la danse, l’Assiko. Une de mes sœurs, Aladine Ngo Bokoko fait déjà de la musique. Elle a déjà un album sur le marché. Ma dernière petite sœur, Marie Paule, fait aussi ses débuts dans la musique. Je pense qu’avec tout cela les œuvres de mon père ne mourront pas.

 

Que des sœurs, que faites vous des garçons ?

J’ai un grand frère guitariste, Célestin Bikoko qui vit au Cameroun. Mais par manque de moyen, il tarde un peu à émerger. Nous essayons de le soutenir autant que possible.

 

Combien d’enfants votre père a-t-il laissé Marceline ?

Comme il disait lui-même de son vivant, on ne compte pas sa progéniture. Mais à ma connaissance et en tenant compte du fait que mon père avait eu 47 femmes légitimes, nous sommes cinquante enfants au moins, qu’il a laissés.

 

47 femmes ! Comme on le dit souvent en Afrique la richesse pour un homme se voit au nombre de femmes et d’enfants ?

Oui ! Comme il aimait le dire tout le temps, la musique ne lui a pas permis de s’enrichir. Sa seule richesse était sa famille. Mon père comptait beaucoup sur ses femmes et ses enfants. Mon papa ne se mariait pas avec une seule femme à la fois comme le font d’autres. Il lui arrivait d’épouser sept femmes en une journée. Ma mère par exemple l’a épousé avec six autres jeunes filles le même jour. Il signait tous les actes de mariage, célébrait, puis reprenait la route avec sa mobylette (il ne se déplaçait qu’en mobylette à l’époque). Il ne se mariait jamais avec une seule femme.

 

Que lui trouvaient toutes ces femmes ?

Bien il se trouve que mon père était très beau, un bon mari aussi. Je peux vous dire que la polygamie de mon père, nous ne l’avons pas vécu comme dans d’autres familles. Quand on arrivait chez nous, on ne savait pas dire quel enfant était de quelle femme. Mes frères et mes sœurs et moi-même avons tous grandi dans ce contexte. Il y avait de l’entente entre nous, nous savions que nous étions une seule et même personne. C’est comme cela que mon père gérait son foyer.

 

Comment vous parlait-il de lui ? Vous faisait-il asseoir ? Vous parlait-il de ses débuts dans la musique, de sa jeunesse, de ses parents et autre ?

Nous passions très peu de temps avec lui. Vous savez, il n’avait pas beaucoup de temps avec sa vie d’artiste. Mais avec l’âge, les choses changeaient progressivement, il profitait de plus en plus de sa famille. D’autant plus qu’avec le temps, toutes ses femmes l’avaient quitté. Seule, ma mère était restée près de lui. Dès lors, nous étions sa seule famille. Nous étions devenus ses frères, ses sœurs, ceux à qui il se confiait. Moi particulièrement, il me choyait beaucoup, il m’appelait sa maman. Je l’accompagnais partout où il allait et il me parlait de tout : ses débuts dans la musique.

 

En fait comme il n’allait pas à l’école, ses parents l’avaient confié à un chasseur pour qu’il lui apprenne son métier. Ce monsieur avait une guitare traditionnelle (iluñ hi manganda). Quand il n’était pas dans les parages, mon père prenait sa guitare et apprenait tout seul à jouer de cet instrument. C’est comme cela qu’il a commencé et pour lui c’était un don.

 

Votre maman vous dit-elle dit pourquoi les autres femmes sont parties ?

Non, notre maman ne nous parlait pas de tout cela. Mais en grandissant l’on arrive à comprendre certaines choses. La vie n’était pas facile, il y en a qui supportaient et d’autres pas.

 

Ma mère était très jeune quand on l’avait offerte comme un cadeau à mon père. Elle devait avoir 13 ans. Comme mon père était très populaire, c’était prestigieux pour les parents que l’on dise que leur fille est chez Jean Bikoko. Ma mère a fait 13 enfants, et si elle n’est pas parti, c’est parce qu’il n’était pas envisageable pour elle d’abandonner ses enfants. Elle a donc supporté jusqu’au bout. Comme je le disais, elle a fait treize enfants, aujourd’hui nous sommes six : quatre filles et deux garçons. Les autres partaient quand elles ne pouvaient plus supporter. Quand elles arrivaient, elle bénéficiait d’une attention particulière qui s’estompait avec l’arrivée de nouvelles femmes. C’est ainsi qu’elles quittaient le foyer. Nos parents n’ont jamais pris la parole pour nous expliquer cela, mais je sais que c’est comme cela que les choses se passaient.

 

Quand les enfants grandissent dans un pareil environnement où ils voient les mamans arriver et partir, cela leur donne t-il un esprit de compétition ?

Oui, vous savez, dans la polygamie, il y a toujours de la concurrence. Ma mère par exemple a beaucoup souffert dans son mariage, et nous, ses enfants, avons pris sur nous de relever nos têtes. Nous avons toujours nourri le désire d’être les figures de proue de la famille Bikoko. Aujourd’hui, je m’en sors pas mal, je suis en Europe et j’aide ma mère. Elle n’est pas riche, mais elle ne dort pas affamée. De son vivant, je parvenais aussi à aider mon père de temps en temps. Ma grande sœur Aladine est la locomotive de la famille, j’ai une sœur au Cameroun qui a assez de moyens, notre dernière petite sœur vit bien et cela a toujours été notre désir. Aujourd’hui au sein de cette famille, on ne voit que les enfants de ma mère. Après la souffrance qu’elle a endurée, nous avons décidé nous de l’aider à relever la tête.

A quel âge votre père nous a-t-il quittés ?

Nous estimons qu’il nous a quittés à 86 ans. Mais, Il était difficile d’établir son âge exact. Lui-même ne connaissait pas sa date de naissance, il nous avait expliqué qu’à cette époque, on n’établissait pas de certificat de naissance.

 

On a sondé des gens dans la rue pour savoir quel était leur titre préféré de votre père. Il en ressort qu’ils préfèrent « Sai mbok » et « Kena me Dokta ». Et vous, quel est le votre ?

Pour moi c’est Sai Mbok car c’est l’histoire du Cameroun et celui du peuple basaa qu’il raconte dans cette chanson.

 

Votre père était un patriarche !

Oui, c’était un patriarche du peuple basaa, un homme que tout le peuple a reconnu (émotion).

 

Votre père, par la chanson a aussi pris position en politique notamment avec le titre « hikii jam li gwé ngeñ ». Dites, vous n’aviez pas peur pour lui ?

Contrairement à ce que l’on pense, à l’époque ou il sort cette chanson, il n’est pas brimé par le président Ahidjo. Il la reprendra par la suite après la prise de pouvoir par l’actuel président en disant : « Yag libii li gwé ngeñ ». C’est à ce moment qu’il sera inquiété. Le président avait alors envoyé chercher mon père. C’est tout Eséka qui s’était soulevé ce jour parce qu’on se disait que mon père ne reviendrait plus. Nous avions eu très peur, nous sommes restés deux jours dehors à veiller et à prier. Et un jour à 23h, il est revenu à la maison. Malgré cela, il était resté un homme du peuple, il disait et aimait toujours dire ce qu’il pensait.

 

Le président de la république a-t-il fait un geste après le décès de Jean Bikoko Aladin ?

Oui, mon père a été enterré comme un prince. Même si de son vivant, il s’est un peu senti abandonné. La dernière fois qu’il avait été sur scène, c’était lors des festivités du cinquantenaire. Une réunion avait alors eu lieu en présence du ministre de la culture. Il avait profité de cette occasion pour interpeller les autorités. Il leur disait : « faites quelque chose pour moi, alors que je suis encore en vie, n’attendez pas ma mort ». Je salue tout de même l’honneur qui lui a été rendu pendant ses obsèques.

 

Mais le monde des artistes dit que ces honneurs arrivent très tard, qu’il aurait pu recevoir toutes ces décorations un peu plus tôt.

Je suis d’accord avec eux. Mon père n’a pas pu jouir de son travail. Il a beaucoup souffert, il a été malade, il n’avait pas d’argent pour se soigné.

 

Mais alors comment pourrait-on corriger le tir aujourd’hui ?

Bien, en aidant sa famille. Mon père n’a pas laissé de bien en héritage. Il n’a pas laissé de maison. Ses enfants et ses petits enfants souffrent. Donc si le gouvernement pouvait faire un geste ne serait-ce que pour aider ma mère et ses petit fils qui sont dans le rue,  cela serait plus qu’apprécié.

 

Je vous remercie Marceline Ngo Bikoko d’avoir accepté cet entretien ?

C’est moi qui vous remercie de m’avoir tendu votre micro et pour l’hommage que vous rendez à mon papa.

 

Bitjome Bi Mañge Mbai

 

Commentaires  

 
#4 Madawanatara 25-03-2011 23:25
Cest un très beau témoignage d'une fille envers son père,il est vrai que la situation familiale de Ngo Bikoko Marceline est commune au peuple Bassaa et ce qui est douloureux dans cette histoire est de savoir que nous n'avons pas su soutenir ce grand Artiste de son vivant,ceci dit sa mémoire demeure vivante et il n'est pas tard de la célébrer et de la faire connaitre.Quand à la situation financière de la famille,je pense qu'elle a toute les qualités pour se rassembler,il est temps d'écrire maintenant la Biograhie de votre père et récupérer les droits d'auteurs,contact er des nouvelles maisons de disques pour redifuser sa musique sur tout le continent et à l'international,l ui créer son propre site internet et pourquoi pas ouvrir une partie de sa maison avec ses effets personnels qu'on peut visiter,créer un festival en son nom...ce sont quelques idées pour faire rentrer des deniers dans la caisse.
 
 
#3 25-03-2011 19:38
je sais ma grande que ton courage et ta force d'esprit traverseront toutes les frontières ton frères d'armes et ami que je suis ne te laissera pas tomber.vivement que le peuple bassa'a en particulier nous soutienne
 
 
#2 25-03-2011 11:58
Du courage à Ngo Bikoko. Quand on a eu un père comme le votre, on se doit de fixer la barre haute.
Bravo à votre maman qui a su maintenir la famille uni et qui est restée auprès de votre père jusqu'à la fin.
 
 
#1 25-03-2011 11:33
slt je salue votre courage vous les enfants et celui de votre maman aussi car c,est pas du tt facile de rester dans 1 foyer polygamique le monde le cameroun et moi continueront a rendre hommage a M JEAN BIKOKO car c,etait 1 grand homme
 

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