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Entretien avec l'anthropologue et journaliste François Bingono Bingono

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LLB : Qui est François Bingono Bingono ?

Je suis Bingono Bingono, je ne me fais pas beaucoup peine ni de souci pour mon prénom que je ne suis pas obligé d'exploiter .C'est François. Bingono Bingono, je vais commencer par le plus actuel. Je suis le directeur du laboratoire d'ethnomusicologie et des medias acoustiques qui est annexé au département de la Communication africaine à l'Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de l'Information et de la Communication(ESSTIC) où je suis un enseignant vacataire .

Il faut rappeler que l'ESSTIC appartient à l'université de Yaoundé II SOA. Je suis anthropologue et en tant que anthropologue je me spécialise en crypto communication qui est la communication sacrée, la communication ésotérique, la communication mystique. Je suis animateur de radio et producteur d'émission .Entant que journaliste, je suis un journaliste spécialisé en art culture et communication .Toutes ces présentations, je ne les aime pas beaucoup parce que ce n'est pas elles qui font la compétence d'un individu, la compétence étant ce qui se juge à travers l'action, à travers l'œuvre.

LLB : croyez- vous que le développement économique, politique et culturel d'un pays passe nécessairement par la maitrise de nos langues nationales ?

C'est quoi l'économie ? C'est quoi le politique ? Il ne faut parler que du culturel. Tout est culturel. La politique s'inspire d'une culture. L'économie s'inspire d'une culture et quand on dit aujourd'hui que l'Afrique connait la crise économique, la vraie crise n'est pas économique, les retombés sont économiques mais il s'agit d'une crise culturelle. C'est par ce que nous n'avons pas pensé aller vers le progrès à travers notre culture. Le tout premier élément de la culture est linguistique c'est-à-dire la langue. On ne peut appréhender une culture qu'à partir de l'exposé linguistique , à partir de la langue.et bien pour savoir comment nos ancêtres, nos parents géraient l'économique comment est ce qu'ils géraient le politique, il faut maîtriser la langue et remonter le temps pour trouver ces réponses ,parce que aucun problème n'est nouveau,. Tous les problèmes sont les problèmes qu'on a connus. La langue est donc le support de la culture. On peut bien impulser l'économique, le politique, le social à travers la langue qui est justement le véhicule de la culture.

LLB : Qu'entendez-vous par culture ?

C'est la somme de la créativité d'un peuple. Une créativité qui se rapporte à l'artistique au culinaire, à l'habitat, à l'idéologie, c'est à dire aux philosophies, aux croyances c'est tout ça qu'on appelle culture. Comment appréhender la culture d'un peuple si on ne maitrise pas sa langue ?c'est en cela que la langue est un outil indéniable, irrémédiable pour la promotion de quelque aspect du progrès que ce soit.

LLB: Face au snobisme des Camerounais qui préfèrent parler anglais et français à leurs enfants, la valorisation des langues africaines et camerounaises n'est-elle pas perdue à l'avance ?

Pas du tout ! On ne peut prétendre qu'il y ait perte de la langue. Il n'ya qu'aller dans nos villages et puis vous retrouverez la langue telle qu'elle fleurit, la culture telle qu'elle fleurit. Les petits enfants qui sont restés dans nos villages et qui ne viennent en ville de façon circonstancielle parlent bien nos langues. Dans nos villages, on parle encore nos langues maternelles et on assiste a toutes les cérémonies qui relèvent du quotidien de nos villages : les mariages, les obsèques, et autres célébrations. Tout se fait dans la langue. L'illusion consiste à croire que par ce que les parents dits modernes parlent français à leurs enfants alors la langue maternelle va tomber, non ! Surtout que même quand ces enfants parlent anglais et français, il suffit qu'ils séjournent dans leur village un ou deux mois alors vous les retrouverez tous entrain de parler leur langue maternelle. Moi je fais cette expérience tout le temps. Je déplore de le dire ici , moi le défenseur de la culture ancestrale mes enfants parlent français et anglais mais quand ma mère qui est une jeune fille de 87ans vient à la maison, je lui interdis de parler français à ses petits fils et vous voyez ces jeunes gens pour avoir une conversation en langue bulu avec leur grand mère parler la langue bulu(rires).Donc n'allons pas déplorer nos langues à partir des métropoles. Il n'est pas encore venu ce moment là où on va sonner le top 5 des langues maternelles au Cameroun .pas du tout !c'est vrai : nous devrions arrêter cette tendance qui consiste chez ceux qui croient qu'ils sont modernes être à arrêter de parler les langues française et anglaise à leurs enfants, c'est une hémorragie qu'il faut arrêter. Nous devons nous convaincre que nos langues existent, que nos cultures existent. C'est en cela qu'il faut remercier et dire son admiration pour la posture qui est celle de l'Etat camerounais qui venait d'ouvrir récemment à l'Ecole Normale Supérieure, un Département de Langues et Cultures camerounaises. On a préféré commencé au sommet c'est à dire à enseigner aux prochains enseignants et comme ça quand on va les repartir dans les lycées et collèges, ça aura commencé par le sommet .Donc, moi je ne suis pas de ceux qui désespèrent en terme de perte de la culture.

LLB: Le progrès (développement) du Cameroun peut t-il provenir des langues française et anglaise ?

Nous parlons français et anglais pour élargir nos concepts, nos idées, notre pensée, nos commentaires, pour les élargir à un public dit moderne parce qu'on ne peut même pas dire que, pour s'adresser au monde entier on doive parler français ou anglais puisque ce n'est pas tout le monde entier qui parle ces deux langues. Donc c'est uniquement pour se faire attendre d'un public plus vaste. Aucune forme de progrès de nous, ne viendra du français ou de l'anglais parce que là nous allons nous mettre à rabâcher ce que d'autres ont fait .Or le souci de l'Occident ce n'est pas de nous voir développés .Quand on a atteint une posture un peu plus élevé on ne voudrait pas que son esclave d'hier lui aussi remonte jusqu'à votre piédestal. Au contraire l'Occident va tout faire pour nous maintenir dans notre posture actuelle, d'assimiler des gens qui gardent la main tendue parce qu'ils attendent que le progrès nous viennent de l'Occident .c'est pas de l'intérêt de l'occident que l'Afrique se développe. Pas du tout ! L'Afrique reste aujourd'hui le seul réceptacle de leur création, de leurs produits manufacturés et autres puisque l'Asie également a pu s'affranchir et justement grâce à un retournement sur sa culture patrimonial .il faut que l'Afrique le comprenne. Donc parlons français et anglais pour nous faire entendre d'un plus vaste public mais maintenant si nous voulons atteindre le développement en notre manière nous avons intérêt à aller revisiter notre passé ancestral.

LLB : De quelle manière peut-on amener les jeunes camerounais à s'imprégner des valeurs traditionnels ?

A partir de la famille .Que les parents intéressent leurs enfants d'abord à leurs langues maternelles .A partir de la langue maternelle, les enfants qui sont très intelligents d'ailleurs, vont eux mêmes s'intéresser à la découverte de ce que cache la langue. La langue est le creuset du trésor patrimonial.Ca c'est une première chose. Une deuxième chose : encourageons nos enfants à aller régulièrement passer du temps dans nos villages là où se meut la culture ancestrale. Et maintenant le troisième pôle, que les pouvoirs publics renforcent tout ce qui est susceptible de permettre un apprentissage des langues et cultures à l'école. On a commencé comme je le disais tantôt à l'université que cela atteigne le secondaire, que cela atteigne le primaire et que cela commence même par la base qui est la maternelle la véritable base étant la famille.

Propos recueillis par Labénie Tatiana MATJE

Commentaires  

 
#2 SEUHOU 26-12-2012 20:31
content d'avoir ce que nous n'avons jamais perdu 'sages' encore merci pour ce cadeau
 
 
#1 Blondel Abia 12-12-2011 02:15
bjr, je suis très ému par l'analyse du Grand Maitre Bingono. Nul ne peut véitablement saisir le phénomène de l'interculturalit é mondial s'il n'adéfini son propre microcosme.
 

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