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Entretien avec le Professeur Maurice Tadadjeu , président de l'association nationale des comités de langues camerounaises ( ANACLAC)

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Qui est Monsieur Maurice Tadadjeu ?

Je suis professeur de linguistique à l'université de Yaoundé I depuis septembre 1977. Je suis également chercheur en linguistique appliquée et président de l'Association nationale des comités de langues camerounaises (ANACLAC).

 


Pouvez vous nous parlez brièvement de L'ANACLAC ?

L'ANACLAC a été créée en octobre 1999. C'est une fédération des associations qu'on appelle comités de langues. Chaque comité de langues est une association qui a pour but de promouvoir le développement et l'enseignement de sa langue d'origine. L'ANACLAC fédère toutes ces organisations. Il y en a au moins une quatre vingtaine à l'heure actuelle qui couvre l'ensemble du pays. Mais théoriquement on devrait avoir plus de 200 comités car chaque langue camerounaise devrait avoir son comité de langues. A l'intérieur du comité de langues il y a une équipe qu'on appelle académie de langue. Ce sont des gens qui sont les plus cultivés dans la forme écrite de la langue et qui peuvent par exemple aider à publier des manuels ou des ouvrages. Cependant très peu de langues ont des académies parce que beaucoup de comités de langues sont des associations des volontaires qui soutiennent la langue. A l'heure actuelle avec la naissance d'un corps de professionnels de langues nationales comme les enseignants du secondaires qu'on est entrain de former à l'Ecole Normale Supérieure, j'ai entrepris de les amener progressivement dans leurs comités de langues pour que dans les années à venir les comités de langues soient des lieux où des professionnels de langues nationales se retrouvent. C'est à dire ceux qui gagnent leur pain quotidien en développant les langues nationales.


D'où proviennent les financements de ces comités de langues ?

Le projet antérieur était financé par des fonds externes canadiens américains et autres. Ce qui fait que quelques fois nous souffrions du manque de financement. Mais les lois sur la décentralisation ont fait la part belle aux langues nationales et ont prescrit le financement des activités de langues nationales par les régions c'est-à-dire des collectivités territoriales décentralisées. Dans chaque région, les communes sont supposés avoir des lignes budgétaires pour la promotion de la culture .La ligne budgétaire pour la culture existait déjà. Mais en ce qui concerne la langue locale, l'alphabétisation, l'éducation non formelle, leur ligne est nouvelle. Les comités de langues ne peuvent plus dire qu'ils n'ont pas d'argent pour travailler. Ils peuvent simplement dire qu'ils n'ont pas de personnes qui suivent nos instructions au niveau local pour apporter les projets de publications d'ouvrages de formation ,de suivi et d'évaluation aux communes afin de demander le financement.


Aujourd'hui l'enseignement des langues entre de plus de plus dans les programmes scolaires et universitaires, vous qui êtes l'initiateur et l'un des défenseurs de cette initiative êtes vous heureux ?

Oui je le suis parce que cela montre que durant ces années que je ne me suis pas battu pour rien. Toutes ces années mais en même temps je suis inquiet, parce que tout cela est très fragile. On a vu le bilinguisme camerounais devenir tout simplement un slogan politique .Ce projet d'enseignement de langues camerounaises peut devenir également un slogan tant qu'il ya pas de mass critique d'enseignant dans les écoles secondaires, tant qu'il n'y a pas de masse critique d'instituteurs et d'instructrices recyclés et tant qu'il ya pas de masse critique de professeurs dans les Ecoles Normales d'Instituteurs d'Enseignement Générale(ENIEG). S'il n' ya pas de masse critique à ces trois niveaux, on va arriver à un simple slogan politique .On pourra seulement former dans les écoles normales une centaine par années alors qu'on a besoin d'au moins un millier par année pour atteindre le chiffre de 15 mille enseignants de langues environ pour couvrir le secondaire uniquement.


Pensez vous que cette masse critique suffirait pour enraciner le développement et l'enseignement des langues et cultures camerounaises ?

Non. Elle ne suffirait pas. C'est pour cette raison que j'ai pris l'initiative de créer L'IAU (Institut d'Afrique Unie) qui est un Institut privé d'enseignement supérieur dans lequel nous sommes entrain de recruter des étudiants qu'on va former en une licence professionnelle en langues et cultures camerounaises qui soit l'équivalent du Diplôme de Professeur de l'enseignement Secondaire premier grade ( DIPES1) de l'Ecole Normale Supérieure. Et L'IAU également ne suffira pas pour combler ce manque d'enseignants en langues et cultures. Il faut que d'autre institutions privés puissent s'inscrire dans cette dynamique. C'est pour moi une obsession. Vous savez nous avons réussi mais nous pouvons aussi perdre. Les années à venir peuvent réduire et effacer tout cela et faire que cela devient symbolique. Vous voyez, ce n'est pas tout le monde qui aime les langues nationales .Beaucoup de gens acceptent cela du bout de lèvres mais n'y croient pas, même dans le système éducatif beaucoup n'y croient pas .Donc c'est cette masse critique qui viendra enraciner le développement et l'enseignement de nos langues.


Quels conseils pouvez vous donner aux parents pour en ce qui concerne l'enseignement des langues nationales a leurs enfants ?

Les parents doivent mettre les enfants dans les structures qui leur permettent d'utiliser les langues. Chaque fois on dit qu'il faut que les parents parlent les langues à leurs enfants mais vous voyez , les efforts de la famille doivent être soutenus par des efforts institutionnels. Il ya l'école mais elle est limitée. La structure familiale l'est aussi. Il y a des cours de vacances qui s'organisent maintenant dans certaines langues ici et la pour enseigner aux enfants leur langues, il ya des programmes informatisés qui permettent aux enfants même à ceux qui sont à l'étranger d'apprendre leurs langues. Les communautés linguistiques doivent travailler pour amener ces jeunes à maitriser leurs langues, les parents ne sont qu'un des facteurs qui doivent converger pour que nos langues et cultures reprennent leur places qu'ils n'auraient jamais dues perdre.


De manière continuelle les gens parlent de dialectes quand il s'agit du basaa , du yemba, de l'ewondo alors quelle différence faites vous entre dialectes et langues ?

Cette histoire de confusion entre langue et dialecte remonte à l'époque coloniale où le colon ne pensait pas que nous sommes de véritables humains et que les langues que nous parlions étaient des langues. Sinon la différence entre langue et dialecte est une différence technique. Un dialecte c'est la variante d'une langue, en réalité les gens ne parlent qu'en dialecte que ce soit en français ou en anglais. La langue en soit est une abstraction. .Dans les années 70 /80, j'ai inventé le terme unité- langue. Par unité -langue je voulais parler de l'ensemble des variantes, des dialectes à l'intérieur desquels il y a intercompréhension. Au Cameroun les langues sont encore orales, il fallait un concept et le concept d'unité langue traduisait tout cela. Si vous prenez l'ewondo, le ntumu, le bulu etc les locuteurs de ces variantes se comprennent mais ne parlent pas de la même manière.les trois par exemple forment une unité langue ou une langue. Mais chacune de ces variante s est un dialecte pas un patois comme on le dit péjorativement.


Propos recueillis par Labénie Tatiana MATJE


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