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Entretien avec André Kaña Biyik

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Sincèrement, la localité de Pouma a beaucoup de potentialités et mérite mieux. Cette localité a une élite puissante et bien placée qui avec un peu d’effort peut élever ce club... Si tout cela pouvait se refaire aujourd’hui, vous verriez une équipe de Pouma encore plus forte que dans nos souvenirs.

 

 

LLB : Bonjour André Kana Biyik. Vous êtes une ancienne gloire du football camerounais. On ne vous présente plus au public. Puis-je tout de même vous demander, histoire flatter l’égo de vos cousins, de nous dire qui vous êtes ?

AKB :Je suis André Kaña Biyik, Kaña et non Kana. Mon père s’appelait Biyik. Donc je suis le fils de Biyik Bi Kaña Bias, Mbeña i Mboui. Je suis donc un typique basaa, un vrai, un pur. Je suis d’abord basaa avant d’être camerounais. Je suis né à Sackbayémi en 1965. C’est dans la localité de Pouma que j’ai grandi. Je suis l’ainé d’une fratrie de 15 frères et sœurs. Mon père était un enseignant dans le secondaire. J’avais deux mamans, celle qui m’a mis au monde, et la deuxième épouse de mon père qui est encore vivante.

J’ai fait mes études secondaires au collège CIG de Pouma jusqu’en troisième et j’occupais le poste de capitaine dans l’équipe de l’établissement. C’est avec cette équipe que j’ai fait mes débuts dans le football. Lors d’un tournoi à Edéa, j’ai attiré l’attention des dirigeants de le l’équipe de la ville, le Sphinx d’Edéa. J’ai ainsi intégré ce club dès mon entrer au lycée et j’y ai évolué pendant deux ans. C’est de là que je partirai pour rejoindre le club de Pouma qui me permettra d’évoluer en deuxième division et d’être appelé dans la sélection nationale.

Après Pouma où je trouvais qu’on avait déjà fait le tour, les ambitions devenaient un peu plus grandes. Je me suis donc décidé à me trouver une place dans une sélection au niveau supérieur. Comme je préférais moins la ville de Yaoundé, j’ai fait le choix d’évoluer à Douala. J’allais uniquement à Yaoundé pour les sélections. J’ai opté pour l’Union de Douala ; Mon frère François lui a choisi le Canon de Yaoundé. C’est la première fois qui nous allions devoir nous séparer. Mais après un an à Douala, mon frère me manquait et avait lui aussi besoin de moi. C’est dans ce contexte que je vais quitter Douala pour évoluer dans le Diamant de Yaoundé.


LLB : Vous êtes un pur produit de ce que l’on aurait tendance à appeler club basaa. Pouvez-vous nous raconter l’histoire de F.C Pouma ?

AKB :François serait la personne la mieux indiquée pour vous parler de la genèse de Pouma. Ce projet fut en fait l’idée d’un fils de Pouma. A l’époque cadre dirigeant d’une grande entreprise camerounaise, ce monsieur était très passionné par le foot. Il a même été arbitre pour les matchs de première division du championnat camerounais. Quand Il a eu l’idée de créeer un club pour l’arrondissement de Pouma, Il a sollicité l’aide de ses frères qui ont répondu présents. C’est ainsi que le club va naître. Il évoluera dans un premier temps à la ligue, avant de monter en deuxième division. C’est à partir de là que certains joueurs comme moi-même ou mon frère seront enrôlés.

C’était une équipe très compétitive, familiale, avec une ambiance extraordinaire. Si bien qu'en évoluant à Pouma, je ne me voyais pas partir. Si cette équipe avait bien été gérée, je ne serais pas en Europe aujourd‘hui. Pour tous les fils de cette localité, c’était notre équipe. De plus à l’époque, quand on jouait, ce n’était pas pour gagner de l’argent. Nous jouions pour impressionner les filles, pour nous retrouver entre amis. Dans mon cas, j’étais content d’être dans la même équipe que mon frère. Je jouais avec mes cousins comme Ngos Makon dont la maman est de Pouma. C’était extraordinaire ! Je n’ai jamais vécu cela de ma vie. Et j’en parle encore aujourd’hui comme si cela date d’hier.


LLB : Sauriez-vous nous dire ce que sont devenus tous les clubs basaa d’antan : AS Babimbi, Dynamo, et pour finir, votre club FC Pouma ?

AKB : Le club de Pouma existe toujours au jour d’aujourd’hui et évolue en deuxième division. Le club vit, mais pas avec les mêmes  moyens qu’avant, pas avec la même ambiance, pas avec le même engouement. Les dirigeants historiques du club ont quitté le navire. Sinon, Pouma existe, il suffit d’un effort de nos ainés et nous-mêmes.

 

LLB : Quand un club d’arrondissement se paye le luxe d’offrir au monde deux brillants internationaux, qui plus est sont frères, peut-on comprendre qu’aujourd’hui ce club ne soit plus que l’ombre de lui même ?

AKB : Vous savez, le sport ne se gère pas encore au Cameroun comme dans la plupart des pays développés, par rapport à un ensemble de données. Au Cameroun, le sport est amateur, donc c’est la volonté d’un mécène qui prime. C’est vrai que je réfléchis beaucoup par rapport à cette équipe. Je pense que sur les plans techniques ou sportifs, je peux me sentir un peu coupable dans la mesure où mon expérience pourrait être bénéfique.

Mais en même temps, je pense que le fait de ne pas être sur place joue un rôle dans le défaut de mon implication. Sincèrement, la localité de Pouma a beaucoup de potentialités et mérite mieux. Cette localité a une élite puissante et bien placée qui avec un peu d’effort peut élever ce club. J’en profite donc pour lancer un appel à mes oncles. Et quand je dis mes oncles, je parle par exemple du directeur de la Sosucam, Le directeur de la  société Tradex, le Directeur de la Camship (Le général en passant !) et beaucoup d’autres qui vont m’excuser de ne pas les citer. Ils sont tellement nombreux, mes tontons.

 

LLB : Ne pensez-vous pas que votre notoriété pourrait aussi servir cette équipe ?

AKB :C’est pour cela que je dis que le fait de ne pas y être constitue un handicape. Mais c’est vrai que ma notoriété peut servir à fédérer toutes ces personnes autour d’un projet pour que ce club soit encore plus prospère qu’à notre époque. Dans tous les cas, je ne désespère pas.

 

LLB :D’après vous, pourquoi n’existe-t-il plus aujourd’hui, une équipe à laquelle toute la population Basaa-Mpo’o-Bati puisse s’identifier, comme à l’époque de dynamo ? Comment rendre cela possible à nouveau ?

AKB : Ce problème n’existe pas que chez les bassa-mpo'o-bati. Si vous allez par exemple chez les Bamilékés, vous trouverez le même problème. Il se passe que, quand un mécène décide de soutenir un club, il met les moyens nécessaires non seulement pour une bonne gestion, mais aussi pour la mobilisation. Dès que cette personne baisse les bras ou s’intéresse à autre chose, l’équipe s’écroule et les supporteurs perdent leur motivation. Quand il n’y a pas d’unité entre les élites qui sont la locomotive, le reste de suit pas.

Quand on a des leaders charismatiques, je vous dis qu’ils vont entrainer toute la dynamique nécessaire. Or c’est cela qui manque aujourd’hui. Parce que à l’époque, je peux vous donner des exemples tels que Monsieur Billong, Directeur de la CFAO, M. Yana qui était directeur de la Century, M. Ntamack Dieudonné qui était un des directeurs de IBM, il y avait les Docteurs Nyoth … des grands leaders, des grands cadres, des gens bien qui restaient unis au delà de leurs origines, puis qu’il y a plusieurs familles à Pouma. On aimait inviter nos amis voir jouer Pouma, et ces derniers étaient marqués par cette ambiance. Si tout cela pouvait se refaire aujourd’hui, vous verriez une équipe de Pouma encore plus forte que dans nos souvenirs.

Donc comme je viens de le dire, et j’insiste, ceux de nos frères qui ont les moyens doivent se saisir de la question, même s’il faut qu’après, ceux qui ont des compétences purement techniques comme nous autres s’impliquent. Mais il faut aussi lorsque les mécènes prennent des initiatives, que les autres acteurs s’assurent du bon déroulement des choses pour ne pas les décourager. Car même à Edéa, il y a des hommes comme monsieur Eding qui peuvent soutenir des clubs, même à Babimbi. Mais du côté de Pouma quand même, je peux vous dire qu’il commence à y avoir des initiatives encourageantes et il faut que cela continue. C’est à notre génération de prendre les choses en main et d’imposer l’entente.

 

LLB : Diriez-vous que nous parlons là de futilité ou il s’agit pour vous également d’une question importante. Autrement dit, quels sont les enjeux d’une telle chose ? Qu’est-ce que cela changerait pour notre peuple Basaa-Mpoo-Bati ?

AKB : Premièrement, le sport est un vecteur de communication énorme. Quand vous allez à l’extérieur de votre pays et que vous entendez le nom de votre localité, cela donne de la fierté. Je me rappelle quand je venais d’arriver en France, on parlait encore de Pouma football club à Téléfoot comme l’un des meilleurs du Cameroun. Et c’était une publicité hors de prix pour notre localité.

En dehors de cela, pour ne parler encore que de Pouma, quand on jouait, les fils de Pouma se déplaçaient d’un peu partout au Cameroun pour voir le match, Ils s’identifiaient à l’équipe, ils étaient contents de se retrouver.

Celà peut aussi servir au niveau de l’équipement. Un de mes cousins est représentant de l’entreprise Fly Emirates à Dakar qui a un projet d’ouverture d’un centre de formation au Cameroun. Et le maire de Pouma fait actuellement du Lobbying pour que ce centre soit érigé à Pouma. Il est prêt à donner un terrain gratuitement pour la construction de ce centre. Et Pouma est d’autant bien placé que nous sommes à une heure de Yaoundé et à une heure de Douala. C’est vraiment un lieu qui est appelé à se développer. Donc voilà autant de choses que l’on peut faire à travers le sport.

 

LLB :  Vous résidez aujourd’hui en Europe. Peut-on connaître les raisons de cet exil ? Ne pensez vous pas qu’aujourd’hui, vous seriez plus utile là où tout est à faire, à savoir chez nous ?

AKB : Oui, mais si je reste à Pouma, je ne pourrai pas faire mes affaires. Mais je ne pourrai jamais oublier Pouma. Je ne compte pas mourir en Europe. Donc je suis appelé à servir Pouma quoi qu’il advienne. D’ailleurs je serai bientôt au Cameroun et je prévois une rencontre avec le maire. Je compte lui proposer mon aide. Notamment pour le football. Comme les vacances approchent, c’est une bonne période pour organiser des championnats inter-vacances. Tout cela existe déjà mais peut être pensé autrement.

 

LLB : Depuis deux ans, les artistes Basaa-Mpoo-Bati ont initié un grand rendez-vous annuel pour promouvoir leurs œuvres, et qui en même temps prime les basaa brillants dans divers domaines. Pourrait-on rêver d’une telle initiative sur le plan sportif ?

AKB : C’est une idée très intéressante. Je pense que le fooball est un sport très fédérateur. Je pense même qu’on peut coupler les deux idées. C'est à dire avoir une manifestation artistique et sportive, qui aura lieu chaque année dans une localité différente : Edea, Makak, Ngambe ,Ndom … Mais il faut voir cela avec les principaux intéressés. Echanger avec les anciens comme moi. En tout cas, cela ne me dérangerait pas de m’impliquer dans ce type de projet. Au contraire ! Lors de mon prochain séjour au Cameroun, je peux en profiter, si je ne l’oublie pas, avec d’autres anciens lions comme Roger Milla, et contacter les personnalités comme Bassangen, Nlend Paul, Mbeengala … pour voir ce que nous pouvons faire ensemble.

 

LLB : On entend souvent parler dans la presse du trafic de mineurs africains à qui l’on vend le rêve d’une carrière footballistique en France. Ces enfants finiraient pour la plupart dans la rue, sans club et sans accompagnement. Qu’avez-vous à dire sur ce phénomène ?

AKB : Bien, j’en entends parler. Je ne suis pas dans le management. Mais je ne trouve pas cela correct de la part des marchants de rêve qui entrainent les adolescents africains dans ce genre de situation. Mais je condamne aussi les parents. Vous savez de nos jours le football est devenu quelque chose de tellement extraordinaire que quand une femme est enceinte, les parents espère que ce sera un garçon et qu’il deviendra un grand footballeur.

Mais ils oublient qu’il n’y aura jamais qu’un seul Eto’o au monde, il n’y a qu’un seul Zidane ou Maradona. Tout le monde ne peut pas gagner de l’argent avec le foot. Les autorités ont aussi leur part de responsabilité, mais c’est surtout à ceux qui élèvent l’enfant de lui inculquer des valeurs, de le pousser dans les études. Mais quand les parents encouragent les enfants à tout quitter pour le foot au lieu de leur apprendre à résister à la tentation de la réussite facile.

C’est très difficile de venir en aide à ces jeunes. Déjà, quand ils arrivent ici, ils ont voyagé dans des conditions un peu spéciales. C'est-à-dire qu’il arrive souvent avec un visa d’une semaine ou de trois jours, donc quand on les rencontre ils sont déjà dans une situation administrative bien délicate. Donc, je ne peux que leur donner des conseils. C’est dommage car ces jeunes auraient pu bien évoluer en restant au Cameroun, et avoir de meilleures opportunités plus tard.

 

LLB : Si vous deviez vous investir aujourd’hui dans l’animation sportive dans nos « villages », quel domaine choisiriez-vous ?

AKB : Ce serait surement dans l’encadrement de jeunes sportifs.

 

LLB : Merci de partager avec nos internautes, un proverbe basaa.

AKB : (rire) "U yé u bana ngubuu nyo u kuñ bé ñwenge ?" Pour dire qu’il ne faut pas sous estimer nos ressources, et en ce qui me concerne, je suis vivant et je peux toujours et veux servir.

LLB : Merci André

Tout le plaisir est pour moi, et retenez que je reste à votre disposition.

 

Commentaires  

 
#3 10-05-2011 14:05
je suis tout à fait d' accord avec vous ,
sauf que faisons les choses progressivement .
parlant de l' équipe, moi je trouve que nous les bassaa,
c' est une honte pour nous . rendez vous compte que nous
avons trois equipes bassaa et aucune n' est en division
d' élite tout simplement parce que le peuple bassaa n' arrive pas
à s' entendre mais toujours prèt à faire les grands discours qui n'aboutissent à rien
 
 
#2 09-05-2011 16:01
je crois que notre frère a oublié que Sieur Eding(le papa) s'en est allé.
Pour le reste rien à dire, apprécions le franc parler!
 
 
#1 09-05-2011 13:54
"Et Pouma est d’autant bien placé que nous sommes à une heure de Yaoundé et à une heure de Douala. C’est vraiment un lieu qui est appelé à se développer. Donc voilà autant de choses que l’on peut faire à travers le sport."

Pour l'implantation d'une école de foot, bien dit ! Ngambè à 50 km seulement et Eseka pas loin, tout serait réuni pour faire de ce lieu, un des centres du développement de la Grande Sanaga
 

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